17 juin: Evian-les-bains/ Saint Gingolph

Quelques heures après avoir quitté la fureur parisienne le train nous dépose à Evian-les-Bains, station thermale. 20 km de marche pour rejoindre le point de départ du GR5 Saint-Gingolph, coincés entre la route D1005 et le Lac Léman, et bientôt sous les trombes d'eau glacée d'un orage particulièrement violent...


18 juin: Saint-Gingolph/ Chalets de Bise

Les choses sérieuses commencent. Départ à 386m d'altitude pour passer le col de Bise à 1915m. Montée joyeuse dans la forêt puis halte à la terrasse de l'auberge de Novel. Un panneau indique Nice à 21 jours. Il ne faut pas traîner! Au détour du chemin, nous tombons nez-à-nez avec un épouvantail. Etait-il là pour effrayer les marcheurs ou les oiseaux. nous ne saurons pas! Un peu plus loin, c'est une vipère qui me passe sous le pied. Il était moins une que le voyage ne s'arrête ici! La montée dans les alpages deviendra vite pénible. Il faut se mettre en route. Déjeuné avant de passer le col. Puis départ précipité. L'orage menace, et cette fois, nous avons envie d'arriver sec au refuge! Nous éviterons la pluie mais pas les moustiques!




19 juin: Chalets de Bise - la Chapelle d'Abondance

L'étape est vraiment courte. Mais nous n'avons pu faire autrement car les refuges après la Chapelle sont tous fermés à cette époque de l'année. Nous en profitons pour faire un petit détour en coupant au pied des célèbres Cornettes de Bise en direction du Lac d'Arvoin. Evidemment nous sommes descendus un peu trop loin, avons raté le chemin et avons dû faire un sérieux détour. Juste de quoi redonner un peu de consistance à cette étape. Le soir, superbe accueil à la ferme-auberge "Le Feto", où l'on fera l'itinéraire du lendemain avec les propriétaires des lieux, après avoir goûté les spécialités locales à base du fromage de la ferme, de l'Abondance évidemment! 



20 juin: La chapelle d'Abondance/ Chaux-Palin

Marie commence la journée pied au plancher, et j'ai bien du mal à suivre. J'ai décidé de prendre une variante par le pied du Mont Grange et les chalets de Trébentaz. Je voulais me rappeler mes souvenirs d'enfance. Mais ils ont disparu ensevelis sous le flot des années, en revanche la neige est encore présente le long de l'ascension. Marie qui n'est pas très habituée fera une belle glissade sur une vingtaine de mètres. Frayeurs et pleurs, nous passons le col. C'est décidé, à Samoens, nous achèterons des bâtons. 
Nous continuons en direction de Chésery. Nous sommes sur le domaine des Portes du Soleil. Mais en fait, ce sont plutôt les portes de la désolation. La montagne a été mise en coupe réglée. De nouvelles pistes de ski sont en préparation. Ça pue le désherbant et la mort. 
Heureusement les rosties et le jambon de pays servis à l'auberge de Chaux-Palin nous remontent le moral. Marie s'assoie sur la balançoire en contemplant les dents du midi. 



21 juin; Chaux-Palin/ Samoëns

Une vache sur fond de Dents du Midi, on dirait une pub pour les chocolats suisses. On passe le Col de Coux avec, au loin, la chaîne des Aravis.  Il faut se frayer un chemin à travers un enchevêtrement d'arbres abattus et contourner quelques névés pentus et glacés avant de franchir le col de la Golèse.  Dans l'interminable descente, nous croisons une dame de plus de  70 ans, qui effectue l'ascension chaque année. Pas de doute la montagne conserve! 
Retour à la civilisation devant une bonne bière, après avoir acheté les indispensables bâtons.


22 juin: Samoëns/ Chalets d'Anterne

L'étape est censée être très longue. Nous partons avant le levé du jour. Le crachin nous rattrape alors que nous longeons le Giffre. Un éboulement a détruit le chemin qui surplombe le torrent au niveau des Gorges. Nous faisons un petit détour, et on a tellement de mal à trouver le chemin qui nous permettra de longer le torrent, que nous devons revenir sur nos pas, pour finir par passer par le même endroit. Ce n'est pas mon jour... Nous finissons par atteindre l'impressionnante cascade du Rouget qui arrose copieusement le passage, puis celles de la Pleureuse et de la Sauffaz. C'est la journée cascade! Arrivés au collet d'Anterne, le brouillard nous tombe dessus sans avertissement préalable. Les arbres et les rochers prennent l'allure de combattants issus du néant. Mais cela n'arrange pas trop nos affaires, car nous avons du mal à trouver notre chemin, d'autant plus que les petites touches rouges et blanches du GR se retrouvent de l'autre côté du large torrent d'Anterne, sans que l'on puisse comprendre comment passer. A la nage, bof, ça ne nous enthousiasme pas trop. Il nous faudra du temps pour comprendre que le pont a été emporté. A force de chercher nous trouverons un nouveau pont établi en aval. 
Après la soupe bienvenue du refuge Alfred Wills, nous repartons à l'assaut du col. La visibilité réduite nous contraint à chercher longtemps le passage à travers les névés avec l'impressionnante pointe de Salles qui tente quelques apparitions fugaces à travers le brouillard. Dire que l'avocat anglais Alfreg Wills a taillé sa route sur les faces qui nous surplombent, il y a plus d'un siècle! Nous finissons par trouver le lac encore pris dans la glace. Le col apparaît puis disparaît au dessus en fonction des nuages. Nous croisons un couple de canadiens qui a décidé de faire demi-tour. Le plateau est immense, et avec la neige et le brouillard, on peut tourner des heures pour trouver le bon passage. Nous préférons faire demi-tour pour retourner passer la nuit au chaud au refuge.




23 juin: Chalets d'Anterne/ Les Houches

Nous repartons de bon matin sur nos traces de la veille. Avec le beau temps, l'itinéraire est beaucoup plus évident. Un pêcheur est venu de bon matin investir les berges gelées du lac d'Anterne. Il nous conte les aventures de ses amis du coin qui, surpris par le brouillard ont tourné des heures et des heures sur cet immense plateau avant de trouver le col. De quoi ne pas regretter notre demi-tour de la veille. Nous gravissons le col d'Anterne sur les névés. Ambiance grandiose. On se croirait presque sur un glacier! Au refuge de Moëde-Anterne, nous décidons de se détourner de l'itinéraire pour passer par Servoz et rejoindre Les Houches en train. Passer le col du Brévent nécessiterait une longue marche dans la neige avec des pentes importantes! Ce soir, ce sera resto chez les british et France-Togo au pub...



24 juin: Les Houches/ Chalets de Truc

La France s'est qualifiée. Nous repartons en traversant les Houches pour monter vers la gare de Bellevue. A partir de juillet, le TMB déversera ses flots de touristes-alpinistes qui partiront en colonnes innombrables à l'assaut du toit de l'Europe. A cette époque, c'est encore calme, mais plus pour longtemps. Nous filons vers le col du Tricot. Nous passons au pied du glacier du Bionnassay sur une grande passerelle qui me rappelle les aventures de Tintin et le Temple Solaire! Souvenirs sortis de l'enfance. Je m'offre une descente de Haute volée vers les chalets de Miage, ce qui fait hurler Marie. Nous arrivons alors que des gouttes grosses comme des oeufs commencent à tomber du ciel. Nous nous réfugions à l'intérieur du refuge. Dès l'orage terminé, nous sommes très heureux de repartir vers des horizons plus tranquilles et plus sympathiques... Nous arrivons rapidement aux chalets de Truc pour un bon vin chaud. Assis face au Bionnassay, la propriétaire des lieux nous explique, photos à l'appui, le recul des glaciers. Implacable! 


25 juin: Chalets de Truc/ Refuge du Bonhomme

La descente vers Les Contamines est rapide. Nous nous offrons un petit dej croissants en terrasse en feuilletant le journal du jour. On en profite pour faire le ravitaillement à l'ouverture des magasins. La montée vers le col du Bonhomme promet d'être longue et enneigée. Nous faisons le plein de forces. Nous montons dans une large vallée avec des équipements pour les vacanciers. Les tremplins de saut à ski arrivent droit dans les filets des buts de foot. C'est peut-être un nouveau sport! De l'autre côté, les randonneurs sont protégés des joueurs de golf maladroits par un autre filet, gigantesque cette fois. Au fur et à mesure que nous nous élevons, la végétation devient plus rase. Arrêt à la Balme le midi avant l'ultime montée qui nous conduit au col du Bonhomme. Le chemin disparaît peu à peu sous les névés.  Nous trouvons un abri alors qu'un mélanger pluie-neige glacial s'abat pendant quelques minutes. Puis nous repartons alors que le vent s'est monté. Les filtres en gélatine que j'ai emmené pour mon Holga font grise mine. Nous arrivons enfin au refuge de la Croix du Bonhomme frigorifiés et un brin humides. Heureusement, la température autour du poêle à bois est moins glacial que l'accueil des gardiens qui ont du prendre la grosse tête à force de passer la saison en altitude. On est ici sur le Tour du Mont Blanc, l'autoroute des montagnes...




26 juin: Col de la Croix du Bonhomme/ Refuge du Presset

Au petit matin nous fuyons avec joie le refuge de la Croix du Bonhomme par la crête très escarpée des Gittes qui était impraticable la veille à cause du vent. 



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